Le marché des Certificats d'Économies d'Énergie (CEE) traverse une crise sans précédent. En juin 2026, le coût des CEE gaz dépasse les 12-13 €/MWh, soit un quasi-doublement par rapport aux 7 €/MWh de juin 2025. Ce surcoût, invisible mais pourtant bien réel, représente désormais 8 à 10% de votre facture d'énergie totale et fragilise les budgets des entreprises comme les marges des courtiers. La 6ᵉ période CEE (P6, 2026-2029) affiche un déficit cumulé de 42 TWhc sur les CEE précarité énergétique, et les délivrances d'avril 2026 (36,4 TWhc) sont loin des objectifs (64,2 TWhc nécessaires). Face à cette impasse, le gouvernement envisage une réforme radicale : renommer le dispositif en « Certificats d'électrification » pour recentrer les efforts sur la décarbonation. Pour les acheteurs d'énergie B2B, le message est clair : alertez vos budgets immédiatement, car la tendance ne s'inversera pas avant 2027.
Contexte : que sont les CEE et pourquoi sont-ils sur votre facture ?
Les Certificats d'Économies d'Énergie (CEE) sont un dispositif réglementaire français créé en 2005. Le principe : obliger les fournisseurs d'énergie (électricité, gaz, fioul, carburants) à financer des travaux d'efficacité énergétique chez leurs clients ou dans le parc immobilier français.
Chaque fournisseur reçoit un quota d'économies d'énergie à réaliser (exprimé en TWhc = térawattheures cumulés actualisés). Pour remplir cette obligation, il a deux options :
- →Financer directement des travaux éligibles (isolation, pompes à chaleur, LED, etc.) et obtenir des certificats
- →Acheter des certificats sur le marché secondaire auprès d'acteurs ayant un surplus (autres obligés, délégataires, mandataires)
Si un fournisseur ne remplit pas son obligation, il encourt une pénalité libératoire actuellement plafonnée à 20 €/MWh cumac (soit environ le double du prix de marché actuel).
Le coût des CEE est intégralement répercuté sur la facture finale des consommateurs, qu'ils soient particuliers ou professionnels. Pour les entreprises B2B, cette ligne représente aujourd'hui 8 à 10% de la facture TTC totale (électricité ou gaz), contre 4 à 6% il y a deux ans.
Décryptage : pourquoi les CEE ont-ils doublé en un an ?
1. Des objectifs P6 (2026-2029) drastiquement renforcés
La 6ᵉ période CEE, lancée le 1er janvier 2026, impose des objectifs encore plus ambitieux que les périodes précédentes :
- →+25% d'économies d'énergie à réaliser par rapport à la période 5 (2022-2025)
- →Doublement de l'objectif « précarité énergétique » : 128 TWhc à atteindre sur 4 ans (vs 64 TWhc en P5), soit 32 TWhc/an
Or, dès avril 2026, le constat est alarmant : seulement 36,4 TWhc de CEE classiques délivrés, alors qu'il en faudrait 64,2 TWhc pour tenir la trajectoire annuelle. Le déficit cumulé sur les CEE précarité atteint déjà 42 TWhc, soit un tiers de l'objectif annuel manquant en seulement 4 mois.
2. Pénurie de gisements : les meilleurs travaux ont déjà été faits
Après 20 ans d'existence, le dispositif CEE souffre d'un épuisement des gisements faciles :
- →Les bâtiments bien isolés et équipés de pompes à chaleur sont déjà nombreux (surtout dans le parc tertiaire récent)
- →Les ménages précaires les plus accessibles ont déjà bénéficié de rénovations (MaPrimeRénov' + CEE)
- →Les opérations « coups de pouce » (isolation 1 €, chauffage) ont été durcies ou supprimées pour éviter la fraude
Résultat : il faut aller chercher des gisements plus complexes, plus coûteux, moins rentables. Les acteurs spécialisés (délégataires, mandataires) ont du mal à sourcer suffisamment d'opérations pour alimenter le marché.
3. Retard cumulé des fournisseurs et achats de panique
De nombreux fournisseurs d'énergie n'ont pas atteint leurs objectifs lors des périodes précédentes (notamment P4 et P5). Ils ont accumulé des retards de conformité qu'ils doivent rattraper sous peine de pénalités lourdes (jusqu'à 20 €/MWh cumac).
En 2026, ces acteurs se retrouvent dans une situation de double contrainte :
- →Rattraper le retard P4/P5
- →Remplir les objectifs P6, encore plus élevés
Cela crée une demande spéculative sur le marché secondaire des CEE : les fournisseurs achètent massivement pour sécuriser leur conformité, faisant grimper les prix. En juin 2026, le prix spot des CEE oscille entre 12 et 13 €/MWh cumac, avec des pointes à 14 € lors des périodes de tension (fin de trimestre, approche des échéances de contrôle).
4. Réforme gouvernementale en vue : vers des « Certificats d'électrification » ?
Face à l'impasse du dispositif actuel, le gouvernement français envisage une réforme structurelle du mécanisme CEE pour l'aligner sur les objectifs de décarbonation et d'électrification de l'économie.
Piste envisagée : renommer les CEE en « Certificats d'électrification » et recentrer les actions éligibles sur :
- →Le remplacement des chaudières gaz/fioul par des pompes à chaleur
- →L'installation de bornes de recharge pour véhicules électriques
- →L'électrification des process industriels (fours, séchoirs, etc.)
- →Les systèmes de stockage et de pilotage énergétique (batteries, autoconsommation, smart grids)
Cette réforme, si elle est adoptée, pourrait intervenir dès 2027. Mais en attendant, le marché actuel reste sous tension maximale, et les prix ne redescendront probablement pas avant une clarification du cadre réglementaire et une montée en puissance des nouveaux gisements.
Impact concret pour votre entreprise
Le doublement du coût des CEE en un an se répercute directement et immédiatement sur vos factures d'électricité et de gaz. Voici des exemples chiffrés par profil de consommation :
PME tertiaire (électricité)
Consommation annuelle : 200 MWh
Coût CEE juin 2025 : 1 400 € HT
+1 200 € HT/an
Nouveau coût CEE juin 2026 : 2 600 € HT/an
Site industriel (gaz naturel)
Consommation annuelle : 5 GWh
Coût CEE juin 2025 : 35 000 € HT
+30 000 € HT/an
Nouveau coût CEE juin 2026 : 65 000 € HT/an
Commerce multi-sites (élec)
Consommation annuelle : 1 GWh
Coût CEE juin 2025 : 7 000 € HT
+6 000 € HT/an
Nouveau coût CEE juin 2026 : 13 000 € HT/an
Gros industriel (gaz)
Consommation annuelle : 50 GWh
Coût CEE juin 2025 : 350 000 € HT
+300 000 € HT/an
Nouveau coût CEE juin 2026 : 650 000 € HT/an
Note : Ces calculs sont basés sur un coût CEE moyen de 7 €/MWh en juin 2025 et 13 €/MWh en juin 2026. L'impact réel dépend de votre fournisseur et de la date de signature de votre contrat.
Nos recommandations : comment limiter la casse
Le coût des CEE étant réglementaire et non négociable, vous ne pouvez pas y échapper. En revanche, vous pouvez agir sur plusieurs leviers pour limiter l'impact global sur votre budget énergie :
1. Alerter immédiatement vos budgets 2026 (action : sous 7 jours)
Si vous avez établi votre budget énergie 2026 en début d'année avec une hypothèse CEE à 7-8 €/MWh, vous êtes hors-cible de 40 à 60% sur cette ligne. Réajustez vos prévisions dès maintenant et anticipez une ligne CEE à 13-14 €/MWh minimum jusqu'à fin 2027.
2. Renégocier vos contrats avec clause CEE explicite (action : sous 30 jours)
Lors de vos prochaines consultations fournisseurs, exigez une transparence totale sur la ligne CEE :
- →Demandez une décomposition explicite de la part CEE dans le prix final (€/MWh HT)
- →Négociez un plafonnement CEE (ex : clause de révision si le coût CEE dépasse 15 €/MWh)
- →Privilégiez les offres fixes tout compris (molécule + TURPE/ATRD + CEE + taxes) pour sécuriser votre budget sur 12-24 mois
Certains fournisseurs proposent désormais des offres « CEE gelés » qui figent le coût CEE au niveau du jour de signature, moyennant une prime. Comparez attentivement les offres.
3. Générer vos propres CEE pour réduire la facture (action : sous 90 jours)
Les travaux d'efficacité énergétique que vous réalisez dans vos bâtiments ou process industriels génèrent des CEE que vous pouvez valoriser. Avec un prix de marché à 12-13 €/MWh cumac, la rentabilité des projets d'économies d'énergie est au plus haut.
Exemples de travaux éligibles pour les entreprises :
- →Isolation des bâtiments (toitures, murs, planchers)
- →Remplacement de chaudières par pompes à chaleur ou chaudières à condensation
- →Installation de LED (éclairage tertiaire, industriel)
- →Optimisation des systèmes CVC (Chauffage, Ventilation, Climatisation)
- →Variateurs de vitesse sur moteurs industriels
- →Récupération de chaleur fatale
Comment procéder :
- →Faites réaliser un audit énergétique CEE pour identifier les opérations éligibles
- →Travaillez avec un délégataire CEE (souvent votre fournisseur d'énergie ou un tiers spécialisé) qui valorisera vos certificats
- →Négociez une prime CEE (financement partiel de vos travaux en échange de vos certificats)
Exemple concret : Un industriel qui installe 500 LED dans ses ateliers génère environ 150 MWh cumac de CEE. Valorisés à 13 €/MWh, cela représente 1 950 € de prime CEE, qui vient réduire le coût d'investissement (ROI amélioré de 15 à 25%).
4. Surveiller la réforme 2027 et anticiper les nouvelles règles (action : veille continue)
La réforme vers des « Certificats d'électrification » pourrait modifier profondément le paysage CEE dès 2027 :
- →Nouvelles opérations éligibles (électrification, stockage, smart grids)
- →Suppression progressive de certaines opérations fossiles (chaudières gaz, même à condensation)
- →Évolution des coefficients de bonification (précarité, sites industriels, territoires prioritaires)
Restez en veille sur les annonces du Ministère de la Transition Énergétique et de la CRE. Si vous planifiez des investissements énergie en 2026-2027, anticipez les nouvelles règles pour maximiser vos primes CEE.
📌 À retenir
- →Le coût des CEE a doublé en un an : de 7 €/MWh en juin 2025 à 12-13 €/MWh en juin 2026.
- →Causes : objectifs P6 renforcés de +25%, pénurie de gisements, retards cumulés des fournisseurs, achats de panique.
- →Impact : +40 à 60% sur la ligne CEE de votre facture, soit +3 à 5% sur le budget énergie total.
- →Actions urgentes : réajuster budgets, exiger transparence CEE dans contrats, générer vos propres CEE via travaux d'efficacité.
- →Réforme 2027 en vue : passage possible aux « Certificats d'électrification », recentrage sur décarbonation.
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