Le 10 juin 2026, la Commission de régulation de l'énergie (CRE) a publié le nouveau prix repère de vente de gaz (PRVG) applicable au 1er juillet : 164,21 €/MWh TTC, soit une hausse brutale de +7,4% (+11,35 €/MWh) par rapport au trimestre précédent. Cette augmentation, l'une des plus fortes depuis la crise énergétique de 2022-2023, résulte d'une triple pression : hausse des prix d'approvisionnement sur les marchés terme, explosion des Certificats d'Économies d'Énergie (CEE) qui dépassent désormais les 12 €/MWh, et augmentation de l'ATRD (tarif réseau gaz) de +5,87%. Pour les entreprises consommatrices de gaz, le signal est clair : il est urgent de réévaluer vos budgets et d'envisager des renégociations avant la fin du troisième trimestre 2026.
Contexte : qu'est-ce que le prix repère de vente de gaz ?
Le prix repère de vente de gaz (PRVG) est un indicateur publié trimestriellement par la CRE depuis la disparition des tarifs réglementés de vente (TRV) gaz en 2023. Il sert de référence pour :
- →Évaluer la compétitivité des offres de marché proposées aux TPE/PME
- →Suivre l'évolution des coûts d'approvisionnement gaz en France
- →Benchmarker les contrats B2B (bien que non contraignant)
Le PRVG intègre quatre composantes :
- Le coût de la molécule gaz : basé sur les indices de marché MA2 (moyenne mensuelle 2 mois avant livraison) et QA (moyenne trimestrielle avant livraison), cotés sur le PEG (Point d'Échange de Gaz français)
- L'ATRD (Accès des Tiers au Réseau de Distribution) : tarif régulé payé à GRDF pour l'utilisation du réseau de distribution
- Les CEE (Certificats d'Économies d'Énergie) : obligation réglementaire pour les fournisseurs, répercutée sur les clients
- Les taxes (TICGN, TVA) et la marge fournisseur
La hausse du 1er juillet 2026 est particulièrement préoccupante car elle touche simultanément les trois premières composantes, créant un effet cumulatif inédit depuis six mois.
Décryptage : pourquoi cette explosion des prix ?
1. Hausse des prix d'approvisionnement (+4,2% sur les indices MA2/QA)
Les indices de marché utilisés pour calculer le PRVG (MA2 et QA) ont enregistré en mai 2026 leur plus forte progression depuis l'automne 2025. Pourquoi ?
- →Tensions géopolitiques persistantes : les flux de GNL (gaz naturel liquéfié) depuis les États-Unis et le Qatar restent contraints par des maintenances de terminaux et des détournements vers l'Asie (où les prix spot sont plus attractifs)
- →Stockages européens sous pression : au 1er juin 2026, les stockages de gaz en Europe atteignaient 62% de remplissage, soit 5 points de moins que l'an dernier à la même période. Cette situation incite les opérateurs à acheter dès maintenant pour sécuriser l'hiver 2026-2027, ce qui tire les prix à la hausse
- →Demande industrielle résiliente : contrairement aux craintes de récession, la demande de gaz industriel en Europe a rebondi au printemps 2026 (+3% vs Q1), notamment dans les secteurs chimie et agroalimentaire
Résultat : le PEG spot a oscillé entre 38 et 42 €/MWh en mai 2026, contre 33-36 €/MWh en mars-avril. Les contrats terme CAL27 (livraison 2027) se négocient désormais autour de 44-46 €/MWh HT, en hausse de 15% depuis début 2026.
2. Explosion des CEE : >12 €/MWh, un record historique
Les Certificats d'Économies d'Énergie (CEE) sont une obligation réglementaire imposée aux fournisseurs d'énergie : ils doivent financer des travaux d'efficacité énergétique chez leurs clients ou acheter des certificats sur le marché secondaire. Le coût des CEE est entièrement répercuté sur la facture finale.
Depuis janvier 2026, le prix des CEE a littéralement explosé :
- →Janvier 2026 : ~8 €/MWh cumac
- →Avril 2026 : ~10,5 €/MWh cumac
- →Juin 2026 : >12 €/MWh cumac (record absolu)
Les causes de cette flambée :
- →Objectifs CEE renforcés pour la 5ᵉ période (2026-2029) : +25% d'économies d'énergie à réaliser par rapport à la période précédente
- →Pénurie de gisements : les travaux éligibles (isolation, pompes à chaleur, LED, etc.) sont de plus en plus difficiles à sourcer, car les meilleurs gisements ont déjà été exploités
- →Retard accumulé : de nombreux fournisseurs n'ont pas atteint leurs quotas 2024-2025 et doivent rattraper leur retard, créant une demande spéculative sur le marché secondaire
Concrètement, pour un client B2B consommant 1 GWh de gaz par an, le surcoût CEE est passé de 8 000 € en janvier à plus de 12 000 € en juin 2026, soit +4 000 € HT/an (soit +50% d'augmentation sur cette seule ligne).
3. Hausse de l'ATRD : +5,87% au 1er juillet
L'ATRD (Accès des Tiers au Réseau de Distribution) est le tarif régulé payé à GRDF pour l'utilisation du réseau de distribution de gaz. Comme le TURPE pour l'électricité, il est fixé par la CRE et évolue chaque année en fonction des coûts d'exploitation et d'investissement du gestionnaire de réseau.
La hausse de +5,87% au 1er juillet 2026 s'explique par :
- →L'inflation des coûts de maintenance et d'exploitation de GRDF
- →Les investissements dans la sécurisation et la numérisation du réseau
- →Le mécanisme de rattrapage (CRCP) pour compenser les recettes inférieures aux prévisions en 2024-2025, liées à la baisse des volumes consommés
L'ATRD représente environ 25 à 30% du PRVG final. Une hausse de +5,87% sur cette composante se traduit par environ +1,5 à 1,8% sur la facture totale TTC.
Impact concret pour votre entreprise
La hausse de +7,4% du PRVG au 1er juillet 2026 n'est pas théorique : elle se répercute immédiatement sur toutes les offres de marché indexées (type PEG + X €/MWh) et progressivement sur les offres à prix fixes à renouveler. Voici des exemples chiffrés selon votre profil de consommation :
Restaurant / Boulangerie
Consommation annuelle : 50 MWh
Tarif base ou B1
+420 € HT/an
Soit environ +35 €/mois
PME industrielle
Consommation annuelle : 500 MWh
Tarif B2I
+4 200 € HT/an
Soit environ +350 €/mois
Site industriel moyen
Consommation annuelle : 5 GWh
Client TEP (Transport)
+42 000 € HT/an
Soit environ +3 500 €/mois
Gros industriel
Consommation annuelle : 50 GWh
Client TEP
+420 000 € HT/an
Soit environ +35 000 €/mois
Note : Ces estimations sont basées sur une répercussion directe de +7,4% sur la part molécule + ATRD + CEE. L'impact réel dépend de votre structure tarifaire (offre fixe, indexée, multi-tranches) et de votre échéance contractuelle.
Nos recommandations : comment réagir avant fin Q3
Face à cette double pression gaz + CEE, l'inaction coûte cher. Voici les actions à mener avant septembre 2026 pour limiter l'impact sur vos budgets 2026-2027 :
1. Réévaluer immédiatement vos budgets énergie 2026 (action : sous 15 jours)
Si vous avez établi votre budget gaz 2026 en décembre 2025 ou janvier 2026, vous êtes hors-cible d'au moins 10 à 12% (cumul des hausses janvier-juillet). Réajustez vos prévisions dès maintenant pour éviter les mauvaises surprises au S2.
2. Contrats à échéance 2026 : renégocier AVANT septembre (action : sous 60 jours)
Si votre contrat gaz arrive à échéance entre septembre 2026 et mars 2027, lancez dès maintenant votre consultation fournisseurs. Pourquoi cette urgence ?
- →Les prix terme CAL27 sont aujourd'hui à 44-46 €/MWh, mais les analystes anticipent une poursuite de la hausse cet été si les stockages européens ne se remplissent pas assez vite
- →Les fournisseurs intègrent déjà dans leurs offres 2027 une hypothèse CEE à 13-14 €/MWh, soit +10 à 15% par rapport à aujourd'hui
- →La fenêtre de tir pour sécuriser un prix fixe compétitif se referme : attendre octobre-novembre pourrait coûter 5 à 8% supplémentaires
Action concrète : Consultez au minimum 3 fournisseurs (dont votre fournisseur actuel) et comparez les offres fixes 12-24 mois vs indexées. Privilégiez les fixes si votre consommation est prévisible et stable.
3. Clients en offre indexée : étudier le passage en fixe (action : sous 30 jours)
Si vous êtes en offre indexée type PEG + X €/MWh, vous subissez de plein fouet la volatilité actuelle. Le passage en offre fixe peut sécuriser votre budget, surtout si vous anticipez une poursuite de la hausse au S2 2026.
Point de vigilance : Vérifiez les pénalités de sortie anticipée dans votre contrat actuel. Certains contrats permettent un changement sans pénalité sous conditions (renégociation anniversaire, clause de sauvegarde, etc.).
4. Optimiser la consommation : efficacité énergétique et flexibilité (action : sous 90 jours)
Dans un contexte de prix élevés, chaque MWh économisé = plusieurs centaines d'euros gagnés. Identifiez rapidement les gisements d'économies :
- →Audit énergétique express : identifiez les fuites, surconsommations, process mal réglés
- →Interruptibilité / effacement : si vous avez des process flexibles, étudiez les mécanismes d'effacement rémunérés (moins courants en gaz qu'en électricité, mais certains dispositifs existent pour les gros industriels)
- →Substitution partielle : pour certains usages (chauffage, eau chaude), étudiez la bascule vers l'électricité (pompes à chaleur) ou le bois-énergie, si les investissements sont rentables sur 3-5 ans
Bon à savoir : Les travaux d'efficacité énergétique vous permettent de générer des CEE, que vous pouvez revendre ou faire valoriser par votre fournisseur pour réduire votre facture. Avec des prix CEE >12 €/MWh, la rentabilité des projets d'économies d'énergie est au plus haut.
📌 À retenir
- →Le prix repère gaz (PRVG) bondit de +7,4% au 1er juillet 2026, passant de 152,86 à 164,21 €/MWh TTC.
- →Triple pression : hausse approvisionnement (+4,2%), explosion des CEE (>12 €/MWh), ATRD +5,87%.
- →Impact immédiat sur toutes les offres indexées et progressif sur les renouvellements à venir.
- →Actions urgentes : réajuster budgets 2026, lancer consultations fournisseurs AVANT septembre, étudier passage fixe si indexé.
- →Attendre pourrait coûter 5 à 8% supplémentaires cet automne si les tensions persistent.
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